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Gaz et huiles de schistes

Actualité du 18/04/11

rivière Ain

Compte tenu de l’impact possible de l’exploitation éventuelle des gaz de schistes sur les eaux souterraines et les cours d’eau, l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée et Corse suit avec attention ce dossier.

Quelle est la situation sur le bassin Rhône-Méditerranée ?

La présence de gaz dits "non conventionnels" piégés dans certaines couches géologiques marneuses et argileuses est connue depuis longtemps, mais leur exploitation était jusqu’à une période récente trop coûteuse pour être envisagée à grande échelle.
Aujourd’hui, des sociétés pétrolières et gazières se tournent vers l’exploitation de ces gaz, à la faveur de l’augmentation du prix des hydrocarbures et de la mise au point de nouvelles techniques permettant d'extraire une fraction notable de ce gaz.

Sur différentes parties du territoire national et en particulier sur le territoire du bassin Rhône-Méditerranée, certaines formations géologiques présentent a priori des caractéristiques favorables pour contenir du gaz. Il s’agit de formations sédimentaires riches en matière organique au moment de leur dépôt et enfouies en profondeur sous des conditions de pression et de température qui ont permis la transformation de cette matière organique en gaz.

Des permis d’exploration ont été accordés sur le bassin permettant aux sociétés de vérifier les potentialités de ces ressources en gaz. Une carte régulièrement mise à jour par le Bureau de l'Exploration Production des Hydrocarbures présente les périmètres des titres miniers d’hydrocarbures avec les permis accordés et les demandes déposées au 1er janvier 2011 pour la partie sud-est de la France (pour les gaz de schistes et les gaz de houille).

Plusieurs permis de recherche et d’exploration, accordés par le ministère en charge de l’énergie, couvrent en particulier la bordure sud-est du Massif Central entre Valence et Montpellier et le massif du Jura (Doubs, Jura, Ain).

D’autres demandes de permis ont été déposées pour la Provence (Bouches du Rhône et Var) et plus au nord sur les territoires compris d’une part, entre Bourg-en-Bresse et Valence, et d’autre part, entre Lyon et le lac Léman.

Des techniques d'exploitation gourmande en eau

Contrairement aux gaz classiques, les gaz de schistes ne peuvent être extraits par simple forage, leur exploitation nécessite le plus souvent des forages horizontaux et une "fracturation hydraulique" des roches qui les contiennent. Cette fracturation artificielle est créée par injection d’eau sous pression, mélangée à du sable (pour empêcher que les fractures ne se referment) et à des adjuvants chimiques variés pour permettre d’être plus efficace pour l’injection d’eau et éviter l’activité bactérienne qui pourrait colmater les fissures provoquées.

L’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée et Corse s’intéresse à la question compte tenu de l’impact potentiel de l’exploitation éventuelle des gaz de schistes sur les eaux souterraines et les cours d’eau.

Concernant les quantités d’eau utilisées, l’exploitation du gaz de houille nécessite la réalisation de nombreux forages rapprochés. L’exécution des forages et la fracturation hydraulique en particulier, nécessitent de grandes quantités d’eau (de l’ordre de 10 000 à 15 000 m3 par forage). Ces besoins en eau peuvent venir en concurrence avec d’autres  (eau potable, agriculture…) et ainsi exercer une pression supplémentaire sur les milieux aquatiques et les nappes, notamment si les forages se situent dans les zones déficitaires en eau.

> Voir la carte des actions relatives au bon état quantitatif (carte 7C du SDAGE Rhône-Méditerranée et la carte de l'équilibre quantitatif relatif aux prélèvements - (carte 7D du SDAGE Rhône-Méditerranée).

 
Sur le plan qualitatif :

• différentes études ont montré, à partir de l’expérience d’autres pays du monde (Etats-Unis, Canada), que les nombreux additifs ajoutés classiquement dans l’eau injectée dans les forages pour la fracturation étaient toxiques ;

• au contact des roches, les fluides de forage ou d’hydrofracturation se chargent également d’éléments potentiellement toxiques présents dans les roches comme l’arsenic ou le cadmium.

La plus grande partie de ces fluides est reprise par pompage et remonte en surface par le biais des tubes de forage, mais une autre partie, du fait des fortes pressions exercées dans les roches, est susceptible de migrer et de contaminer les eaux d’aquifères plus superficiels, par le biais des fractures géologiques préexistantes ou provoquées. Quant aux eaux remontées en surface, elles doivent être traitées avant toute restitution éventuelle au milieu naturel.
Enfin, en cas de défaut d’étanchéité des tubes de forages, des fuites peuvent se produire et contaminer d’autres aquifères.

Sur le bassin, de nombreux aquifères sont utilisés, pour la production d’eau potable, et certaines nappes notamment profondes, offrent des potentialités intéressantes pour la satisfaction des besoins futurs. Il est donc essentiel à ce titre d’assurer leur préservation sur le long terme.

> Voir les ressources majeures pour l'alimentation en eau potable (carte 5EA du SDAGE Rhône-Méditerranée).

L'application du principe de précaution

En application du principe de précaution prévu par la Charte de l’environnement adossée à la constitution, ces techniques de forage non conventionnelles doivent faire l’objet d’une évaluation complète des risques et de l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation des dommages qu’elles pourraient causer.
Le ministère de l’écologie et le ministère de l’économie, des finances et de l’industrie ont confié en février, une mission conjointe d’inspection à leurs conseils généraux respectifs afin d’éclairer le gouvernement sur les enjeux économiques, sociaux et environnementaux des hydrocarbures de roche mère (gaz et huiles de schistes).
La commission du développement durable de l’Assemblée nationale a par ailleurs confié une mission d’information sur le même sujet aux députés François-Michel Gonnot et Philippe Martin.
Les deux rapports sont attendus pour le début de l’été. Ils feront le point sur les enjeux du développement potentiel de ces ressources énergétiques, sur l’encadrement environnemental approprié à une éventuelle exploitation et sur les actions prioritaires à conduire.

> Pour en savoir plus :

- Voir les pages mises en ligne par le ministère de l'Ecologie sur le sujet 

- Lire la mise au point produite par les laboratoires des géosciences de l’université de Montpellier sur les techniques mises en œuvre et les risques
 
- Lire une note de synthèse publiée  par le Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS Lyon

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