Gestion des boues urbaines

Dernier maillon de l’épuration des eaux usées, l’évacuation des boues, nécessite la mise en œuvre de filières réglementaires et pérennes. Ces filières garantissent une destination des boues respectueuse de l’environnement et des milieux aquatiques. L’extraction régulière des boues des bassins d’épuration influe également sur la qualité du rejet des stations d’épuration.

COMMENT LES BOUES SONT-ELLES GÉNÉRÉES ?

Les boues proviennent de l’épuration des eaux usées domestiques dans les stations d’épuration. Les eaux usées sont brassées dans des bassins favorisant le développement des micro-organismes qui dégradent et absorbent la matière organique. Les boues sont ensuite séparées, par décantation, des eaux épurées rejetées au milieu naturel. Constituées en majorité d’eau, de sels minéraux et de matière organique, les boues contiennent de l’azote et du phosphore, éléments fertilisants pour les plantes. Chacun d’entre nous produit environ 3 litres de boues par jour.

QUELLES DESTINATIONS POUR LES BOUES D’ÉPURATION ?

Le recyclage en agriculture sous statut de déchet

Le procédé doit respecter les prescriptions de l’arrêté du 08 janvier 1998 :

  • une étude préalable d’épandage doit être réalisée

  • un programme d’analyse des boues et des sols doit être prévu

  • un registre d’épandage doit être tenu

Les boues peuvent être utilisées directement sous forme liquide ou être traitées par chaulage, déshydratation poussée, séchage ou encore compostage…afin d’améliorer leur intérêt agronomique et leur manutention.

La transformation en compost normé sous statut de produit

Les boues de très bonne qualité peuvent être transformées en compost normé (norme NFU 44-095). Il est utilisé majoritairement en agriculture mais aussi par des pépiniéristes ou sur des espaces verts. La norme impose des objectifs de qualité plus sévères que la réglementation « déchet », en particulier sur les éléments traces métalliques et la microbiologie. Tout compost de boues conforme à la norme peut être commercialisé au même titre qu’un engrais organique.

L’élimination par incinération :

Plusieurs possibilités existent :

  • incinérateur dédié aux boues sur le site de la station d’épuration

  • co-incinération avec les ordures ménagères

  • incinération en cimenterie en tant que combustible

  • oxydation par voie humide…

Tous ces procédés détruisent la matière organique. La partie minérale restante est évacuée en Installation de Stockage de Déchets.

Le stockage des boues en I.S.D.N.D :

La mise en décharge de déchets non ultimes est interdite depuis le 1er juillet 2002. Les Installations de Stockage de Déchets Non Dangereux (I.S.D.N.D, ex CET classe II) doivent être considérées comme filières de secours. L’agence de l’eau dissuade fortement cette filière par des pénalités sur les primes pour épuration des collectivités concernées.

Traitement des boues d’épuration Copyright Remy Langereau

Photo des lits de sechage Copyright Frederic Janisset

Photo de compostiere en Savoie Copyright Rémi Touron

 

LES PRÉCONISATIONS DE L’AGENCE DE L’EAU

La proximité des lieux de production et d’utilisation font de l’épandage des boues brutes en agriculture la filière la plus économique et respectueuse de l’environnement.
Le chaulage, la déshydratation poussée, le séchage en améliorent la performance.

Lorsque cette filière n’est pas adaptée (secteurs à faible surface céréalière, à forte pente, à mitage important, à forte influence touristique…), privilégier le compostage des boues, en particulier le compost normé (NFU 44095) qui permet de diversifier les débouchés.

Pour les stations de taille moyenne à grande, l’incinération dédiée des boues est également une solution.

 

UN PLAN NATIONAL POUR L’ASSAINISSEMENT

Le ministère de l’environnement, les agences de l’eau ainsi que l’AFB (ex ONEMA) ont travaillé sur le plan national assainissement.
Objectifs du plan sur la partie boues :

  • évaluer et adapter la réglementation pour une gestion durable des boues

  • améliorer les connaissances scientifiques et techniques de traitement des boues

  • apporter un appui technico-économique aux acteurs de la filière

  • associer les parties prenantes et communiquer

Ce plan d’actions 2012-2018 est consultable sur le portail d’information sur l’assainissement communal

 

LES MOYENS MIS EN ŒUVRE PAR L’AGENCE DE L’EAU

Faire émerger une planification intercommunale des filières de gestion des boues

Le devenir des boues soulève plusieurs questions : choix entre épandage ou autre filière, mutualisation des ouvrages de traitement, impact environnemental des filières, image de la filière épandage, pérennité du recyclage…
Pour orienter, à moindre coût, les collectivités dans leur stratégie d’évacuation des boues, l’agence incite les conseils départementaux à élaborer un volet boues dans les plans départementaux d’élimination des déchets (PDEDMA).
L’agence de l’eau ne finance que les ouvrages de traitement des boues portés par des Établissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI) et prévus dans les plans départementaux d’élimination des déchets.

 

La loi NOTRe du 7 août 2015 instaure dans son chapitre 8 le fait que dorénavant chaque région doit être couverte par un plan régional de prévention et de gestion des déchets. Ce projet de plan est élaboré à l'initiative et sous la responsabilité du président du conseil régional depuis février 2017. Les plans départementaux en vigueur restent applicables durant la phase de transition. Les plans en cours d’élaboration sont achevés par les collectivités qui les préparent avant d’être approuvés par le conseil régional.

Soutenir la mise en place de missions départementales d’expertise et de suivi des épandages

Les Missions d’Expertise et de Suivi des Épandages (MESE) vérifient la conformité réglementaire des pratiques d’épandage. Leurs avis sur chaque filière sont pris en compte par l’agence dans le calcul des primes et par le Préfet lors de la validation des filières. Les MESE sont le moteur d’un processus permanent d’amélioration de la qualité des épandages de boues.

Sur les bassins Rhône-Méditerranée et Corse, les Chambres d’agriculture assurent cette expertise.

Un accord-cadre entre le Préfet, le conseil départemental bien souvent, la Chambre d’agriculture et l’agence de l’eau définit le contexte et les modalités de ces missions d’expertise. Le financement est assuré à 80% par l’agence de l’eau, la partie restante étant financée par la Chambre d’agriculture et sur certains départements par le conseil départemental.

Carte - MESE 2017Carte des départements ayant mis en place une MESE sur les bassins Rhône-méditerranée et Corse. Les départements concernés sont le 01, 04, 05, 09, 11, 13, 21, 25, 30, 34, 38, 39, 42, 48, 52, 66, 70, 71, 73, 74, 83, 84, 88, et 90.

Inciter les collectivités à améliorer la qualité des boues, composts et épandages

Les primes pour épuration incitent les collectivités à agir, le montant étant proportionnel à l’effort de dépollution :  

  • pas d’impact sur la prime :
    si les boues  ou les composts de boues (composts déchet) sont épandus  de façon conforme dans le cadre d’un plan d’épandage
    si les composts de boues (composts normés) sont fabriqués dans des centres ayant reçus un avis positif sur les pratiques, lors d’un audit.

  • diminution du montant de la prime :
    si l’audit d’un centre de compostage souligne des non-conformités sur deux années consécutives : -25% en cas d’avis réservé, - 50% en cas d’avis négatif en cas de mauvaise pratique d’épandage (selon avis MESE) : -25% en cas d’avis réservé ; - 50% en cas d’avis négatif
    En cas d’envoi de boues ou de composts pollués en installation de stockage de déchets non dangereux (ISDND)

Améliorer la qualité des filières compostage

L’objectif est de sécuriser la filière compostage en s’assurant que les exploitants mettent en œuvre les politiques de qualité nécessaires à la fabrication et à l’utilisation du compost.

 

La filière compost « déchet » est très encadrée :

Les centres de compostage, Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE), sont contrôlés par les inspecteurs des installations classées.

Les épandages de compost ayant un statut de déchet ont lieu dans le cadre d’un plan d’épandage avec réalisation d’un bilan agronomique annuel transmis aux services de police de l’eau. Ces filières sont expertisées par un organisme indépendant, la MESE.

 

La filière compost normé NFU 44-095 est moins contrôlée.

Les centres classés ICPE sont contrôlés par les inspecteurs des Installations Classées, mais pas sur l’aspect « fabrication d’un produit conforme à une norme », qui relève de la Direction de la protection des populations (DDPP).

 

Pour pérenniser cette filière, l’agence a développé :

  • un programme d’audit de tous les centres de compostage, publics ou privés, traitant des boues urbaines ou industrielles et fabriquant du compost normé ou non. Les rapports annuels de synthèse des audits sont consultables dans notre médiathèque.

  • une modulation de la prime pour épuration des collectivités en fonction des résultats des audits des centres de compostage auxquels elles confient leurs boues.